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"Interview de Jean Hegland auteur du "Temps d’après"" de
Pourquoi avoir écrit une suite à votre roman « Dans la forêt » ? J’ai décidé de reprendre ces personnages avec la suite de « Dans la forêt », car je n’arrivais pas à me les sortir de l’esprit depuis toutes ces années. J’ai eu de la chance de rencontrer beaucoup de lecteurs qui me disaient la même chose : qu’ils n’arrivaient pas à oublier ces personnages, qui se demandaient ce qu’ils allaient devenir, si j’allais écrire une suite et au bout d’un moment, je me suis demandé : pourquoi ne pas le faire ? Comment définiriez-vous l’évolution des personnages ? Eva et Nells ont commencé leur existence comme des jeunes filles privilégiées, un peu gâtées même. Leur vie a changé lorsque le monde s’est effondré. Durant les quinze dernières années Nells et Eva ont réussi à se créer leur propre existence et à élever leur bébé dans et avec la forêt. Elles ont réussi à développer une relation riche complexe, alors qu’elles sont sœurs et qu’elles ne s’entendent pas toujours. Elles ont aussi réussi toutes les deux à élever ce bébé, à le garder en vie et à lui donner une existence riche, chargée de sens et très belle à l’intérieur de la forêt et de développer avec lui une relation profonde, une connexion très forte avec la forêt et la nature. Elles l’ont aussi initié au monde des arts, aux histoires, à l’art de raconter les histoires. Par contre, elles ont toujours eu un sentiment mitigé, des interrogations sur ce qu’il y avait au-delà de la forêt, sur le reste de l’humanité au-delà de la forêt où elles ont élevé Burl. Le choix du narrateur est original. Burl est le narrateur de ce roman. C’est donc à travers sa voix à lui qu’on découvre cette histoire. Il a quinze ans et n’a jamais rencontré que deux personnes : ses deux mères qui l’ont élevé. Même s’il a une vie riche entière très forte avec la forêt, les arbres. Il a quinze ans et là, c’est un adolescent. Il est curieux et il veut rencontrer des gens. Burl et ses deux mères évoluent dans un monde dépourvu de technologie. Ce qui m’intéressait, c’était d’explorer profondément la relation qu’entretiennent les humains avec le monde naturel, mais pas sur un monde démonstratif. Ces romans ne sont pas des guides de voyage. L’autre élément qui lie les personnages, c’est la langue étrange que Burl partage avec ses mères. Vingt ans après le premier tome, je me suis décidé à faire un petit effort supplémentaire avec un nouveau langage. Je sais que mon éditeur a reçu des mails de gens qui se plaignaient de fautes d’orthographe ou de syntaxe. Mais une ou deux pages après on a déjà l’explication du langage. En fait, c’est comme si on écoutait quelqu’un avec un accent différent. J’espère que cela fonctionne de cette manière. Cela allait rendre évident le fait que l’expérience de Burl est unique. Elle ne ressemble à rien d’autre. Pour cette langue altérée, on imagine que cela a dû représenter un défi pour la traduction. Il faut vraiment remercier et rendre honneur à Josette Chicheportiche pour le travail brillant de traduction qu’elle a réalisé avec cette langue. On a du mal à imaginer les difficultés avec lesquelles elle a été confrontée. Les traducteurs sont les héros méconnus du monde de l’édition. C’était un travail extrêmement intéressant et compliqué. Elle m’envoyait des dizaines et des dizaines d’e-mail avec une liste de mots issus de ce langage et cette question « qu’est-ce que tu veux dire par là ? ». Je suis fasciné de voir les connexions qu’elle faisait entre les mots. Comment définiriez-vous la relation parents-enfant de cette histoire ? Notre seul objectif de parent est de nous mettre obsolète, de faire en sorte que cet enfant parte. On les aime tellement qu’on redoute qu’il leur arrive quelque chose de négatif. On veut absolument que cela ne leur arrive pas. Il existe un conflit entre le besoin les laisser partir et cette peur de quelque chose de négatif qui va leur arriver, c’est ce qu’expérimentent Nells et Eva. Sur quelle base vous êtes-vous appuyé pour écrire « Dans la forêt » et « Le temps d’après » ? Je crois que tous les romans de fiction ont trois origines : d’abord l’imagination, puis l’expérience, puis la recherche. Ces trois sources se renforcent mutuellement. C’est en faisant des recherches qu’on acquiert plus d’expérience et qu’on fait marcher notre imagination. La première source d’inspiration, c’était la forêt. Lorsque j’ai commencé à écrire, nous venions mon mari, moi et nos deux plus jeunes enfants, de s’installer dans la forêt du Nord de la Californie très similaire à celle de ces deux romans. Quel est votre rapport au genre postapocalyptique ? Je ne qualifierais pas ce roman de postapocalyptique pour deux raisons. La première c’est que lorsque j’ai écrit le premier roman Dans la forêt ce n’était pas encore identifié comme un genre, comme cela l’est maintenant. Et puis l’effondrement ce n’est que l’arrière-plan du livre. Celui-ci traite des capacités de l’être humain à reconstruire une relation entre eux et puis aussi avec la nature et la forêt. Burl se retrouve non seulement avec un nouveau langage, mais également avec une nouvelle culture. Cela repose sur la capacité à créer et à raconter des histoires. On voit nos vies à travers les histoires. On voit aussi les autres à travers les histoires. Il n’y a pas qu’une seule culture. C’est important à travers toutes les civilisations. Pourquoi ce titre « Le temps d’après » ? Le titre anglais « Here in This Next New Now » se traduit par « Ici dans ce moment d’après ». L’éditeur a dit qu’il fallait qu’il y ait un titre joli qui évoque la notion d’un monde d’après. On est allé assez loin. Le terme essentiel, c’était la notion de temps. Êtes-vous plus Nell qui se préparait à étudier à Harvard ou bien plus Eva la danseuse ? Bibliographie de Jean Hegland : « Dans la forêt », Éditions Gallmeister, 2017 (Into the Forest, Calyx, 1996)
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